Située dans la Manche, sur la commune de Criqueville en Bessin, la Pointe du Hoc, fut le théâtre de l'une des missions les plus incroyables de l'opération Overlord, le 6 juin 1944. Se trouvant entre les deux plages du secteur américain Utah (à l'Ouest) et Omaha Beach (à l'Est), cette position se termine par une falaise abrupte d'une trentaine de mètres surplombant une plage étroite en galets. Au sommet les Allemands avaient érigés une batterie d'artillerie armée de 6 canons de 155mm d'origine française, placés en casemates bétonnées avec une portée de 20 kilomètres. La garnison ennemie comprenait environs 200 hommes.

  Les nombreuses missions de reconnaissances de l'aviation alliée, réalisées dans les mois qui ont précédés le débarquement au-dessus de la zone,avaient clairement démontré que la position allemande était importante et malgré des bombardements répétés sur le secteur, les photos aériennes montraient que les canons  étaient toujours en place. Pour Eisenhower il fallait se débarrasser coûte que coûte de cette position qui représentait un réel danger pour les troupes qui devaient débarquer à l'Est et l'Ouest de la batterie, mais aussi pour la flotte qui devait mouiller au large des côtes. Les Allemands, avaient renforcés le périmètre avec des reseaux de fils de fer barbelés et des champs de mines, ils jugeaient la position imprenable depuis la mer. Plusieurs mirailleuses MG 42 interdisaient tous les accés de la batterie que se soient sur le rebord de la falaise où ceux menant aux terres en  arrière. La défense antiaérienne était assurée par des pièces de 20mm.

  Cinq mois avant le débarquement le lieutenant-colonel James E. Rudder, commandant le 2nd bataillon de Rangers, fut convoqué au QG du général en chef Dwight D. Eisenhower, ce dernier lui apprit que le Ve Corps de la 1ere Armée du général Omar Bradley, devait lancer son assaut sur un secteur baptisé Omaha Beach, mais la réussite dépendait avant tout de la neutralisation de la batterie allemande du Hoc. Cette mission importante est confiée au batallon de Ranger et James Rudder, le lieutenant-colonel Max Schneider  du 5th Rangers bataillon ainsi que l'état-major préparent le plan. Les quatre mois suivants c'est Rudder et le colonel Williamson qui mirent au point le plan définitif qui sera soumis à l'approbation du général Léonard T. Gerow commandant le Ve Corps américain. Le plan doit se dérouler en trois phases:

* Les compagnies D, E et F, du 2nd bataillon devront débarquer à l'heure H, (6h 30), sur la plage de galets à l'aplomb de la falaise, et se    hisser au sommet, à l'aide de cordes à grappins lancés par fusées depuis la plage où par les L.C.A., par ailleurs quatre véhicules aphibies "Dukw" dont deux sont équipés de deux echelles de 33 mètres empruntés aux pompiers de Londres, devront toucher terre en même temps. Pendant ce temps le 5th bataillon au large doit attendre pour avancer le signal que le 2nd doit lui transmettre par fusée éclairante une fois au sommet. Si le signal n'est pas lancé, 30 minutes après l'heure H celà voudra dire que l'assaut de Rudder à échoué et Schneider devra dérouter son 5th bataillon avec les compagnies A et B du 2nd bataillon sur Omaha Beach.

*  Une fois au sommet de la falaise les hommes de Rudder doivent se lancer à l'assaut des casemates pour y détruire les canons allemands.

*  Sitôt les canons détruis et la garnison allemande neutralisée les Rangers devront pousser vers l'intérieur des terres couper la route nationale 13 Grandcamps-les-Bains/Vierville avant de faire sa jonction avec les éléments du 116e RI venant d'Omaha.

  Un soutien aérien et naval sera nécessaire pour le succès de la mission. le 6 juin à 5h50, trois cuirassés se présentent au large de la Pointe du Hoc, on y retrouve les Américains USS Texas et USS Satterlee et le britannique HMS Talybon. Ils ouvrent le feu puis une vague de 19 B-26 Martin "Marauder" de la  9th Air Force arrive pour bombarder à leur tour l'objectif. Les hommes du 2nd bataillon descendent des navires de transports dans les L.C.A. qui doivent les conduire sur la plage. L'opération débute avec la perte du L.C.A . 860 qui coule peu après sa mise à l'eau, le commandant de la compagnie D, le capitaine Slater est repêché et rejoindra ses hommes le 9 juin. Les barges se mettent en route pour la plage, mais déviées par le fort courant parallèle à la côte et génées par la fumée se dégageant du sommet de la falaise, elles se retrouvent déportées vers la Pointe de la Percée plus à l'Est. cette erreur n'échappe pas au lieutenant-colonel Rudder, mais il faudra plus de trente minutes pour pouvoir reprendre le bon cap, ce retard entraînera la    perte de l'un des Dukw et privera le 2nd bataillon du soutien des hommes de Schneider.

  Les 225 Rangers de Rudder abordent la plage à 7heures 10 et étant donné qu'aucune fusée éclairante n'est été tirée à 7heures, le lieutenant-colonel Max Schneider déroute son 5th bataillon vers Omaha Beach. Le retard à permis aux Allemands de se réorganiser pour la défense de la batterie, mais l'escalade de la falaise par  les hommes de Rudder est grandement aisée, ils recoivent l'assistance de destroyers alliés qui cointinuent d'envoyer des salves sur le sommet de la pointe. Arrivés au sommet les Rangers  commencent leur attaque. le paysage qui s'offre à eux est saisissant, le sol est laminé par les trous de bombes et d'obus. Au milieu de ce dédale, les Américains s'infiltrent dans la batterie et arrivent jusqu'aux casemates, qu'ils trouvent vides pas un seul canon n'est trouvé. Pourtant les photos de reconnaissance montraient bien que les canons étaient toujours en place, mais ce que les    avions avaient photographiés et pris pour des canons étaient en fait des pylônes en bois mis en place par les Allemands. pour faire illusion mais où sont donc les canons? En fait le 15 avril    un violent bombardement aérien s'était abattu sur la Pointe du Hoc et un des canons avait été détruit, les Allemands avaient donc décidés de les retirer pour les mettre à l'abri en arrière  de la position. Peu avant le débarquement la Résistance du Bessin avait envoyé un rapport affirmant que les canons avaient été déplacés, mais celui-ci était parvenu trop tard à Londres pour être prit en compte.

  A 8h00 du matin la route côtière était coupée et sous le contrôle des Rangers, qui durent faire face à plusieurs contre-attaques    allemandes et livrant la traque aux tireurs embusqués. Une heure plus tard une patrouille emmenée par les sergents Lomell et Khun découvrit les canons dans un vergers bordant la batterie une    autre se chargea de leur destruction. Dans l'après-midi, le lieutenant-colonel James Rudder déjà blessé deux fois envoya un rapport à l'USS Satterlee dans lequel il signalait que la mission était accomplie et demandait des renforts, il lui fut répondu qu'aucun renfort n'était disponible les Rangers de réserve étaient tous déployés sur Omaha Beach. La situation du 2nd bataillon reste assez critique, les pertes sont assez importantes et les éléments du 116e RI et du 5th bataillon qui devraient être là ne sont pas encore sortis de l'enfer d'Omaha Beach. Pendant la nuit plusieurs contre-attaques allemandes sont lancées par une compagnie du 914 IR de la 352e DI. Vers 3h00 du matin, la compagnie D couvrant le flanc Ouest est submergé, 20 Rangers sous les ordres du sergent Petty restent en arrière pour couvrir 50 de leurs camarades qui se replient, et le sous-officier et ses hommes seront capturés. Le matin du 7 juin les Rangers qui étaient 225 la veille ne sont plus que 90 encore en état de combattre de plus les munitions commencent à manquer, les hommes sont épuisés par 24h de lutte acharnée. Dans l'après-midi une force de secour arrive enfin    composée d'éléments du 116eRI, 5th bataillon et des chars du 743th bataillon de blindés. Le lendemain matin les contre-attaques ennemies sont définitivement repoussées et les Américains à bout de souffle vont réussir à prendre le village de Saint-Pierre-du-Mont qui se trouve qu'à 1,5 kilomètre de la Pointe du Hoc.

  Depuis 1979 le site appartient aux Etats-Unis, de nombreux blaukaus sont encore présents et un monument sobre rappelle le sacrifice consenti par les 225 hommes du 2nd bataillon de Rangers qui ont payés un lourd tribu à la libération de cette petite portion de terre normande.  Le général en chef Eisenhower aurait dit lors d'une visite après guerre: "C'était impossible, alors ils l'ont fait".

 

                  Pointe-du-Hoc A-20

                  Des Douglas A-20 en mission de bombardement à la Pointe du Hoc, en mai 1944.

                                            ( U.S.Air Force/National Archives).

                  escalade 

                                                Rangers escaladant la falaise.

                                              (U.S.Air Force/national Archives).

                 2nd bataillon

Moment de répit pour ces hommes du 2nd bataillon au sommet de la Pointe. Les escarmouches continuent toujours.

                                         Photo: U.S. National Archives.

                  orig

6 juin dans l'après-midi des défenseurs se sont rendus, mais les Allemands vont encore tenter en vain de reprendre le terrain perdu, en lançant des contre-attaques sur le secteur. Les hommes du 2nd bataillon vont devoir faire façe jusqu'au 7 juin dans la matinée,où une force de secours remontant d'Omaha arrive pour stopper les contre attaques ennemies.