18 juin 1944, sur le terrain de Torney-Island en Grande-Bretagne, six Typhoon IB du 198 Squadron décollent pour une mission de    reconnaissance au-dessus de la Normandie. Le chef d'escadrille n'est autre que le Flight/Lieutenant  belge Raymond "Cheval" Lallemand, son groupe se compose du Flight/Lieutenant Paul Ezanno (France Libre), Flyng Officer Milich (New Zeland), des Pilot Officers Armstrong de la RAF et de l'Australien Don Mason, ainsi que le Flight Sergeant Bill Straford de la RAF. Touché deux jours plus tôt par la Flak Straford à réussi à se poser sur le ventre au Nord-Est de Carentan. Receuilli par des GI's qui sont réticents vis à vis de son uniforme bleu, moins familier aux Américains que celui des Fallschirmjäger allemands qu'ils combattent depuis plusieurs jours, il rejoint sa base depuis Utah, seulement quatorze heures après son accident, pour revoler le lendemain.

  La mission du jour consiste à une mission de reconnaissance armée du secteur Caen/Viller-Bocage. A 18h35 deux camions bâchés allemands    circulent sur la route de Louvigny au Sud-Ouest de Caen, le chef d'escadrille les repère et les Typhoon attaquent au canon de 20mm ( pour cette mission les Typhoon n'emportaient pas de  roquettes) .Alors qu' un camion brûle sur la route l'appareil d'Armstrong est touché par un canon quadruple de 3,7mm  de la Flak allemande installé dans le petit bois du château de Louvigny. Le pilote britannique parvient poser son Typhoon sur le ventre, mais il est capturé par les Waffen SS de la 12eme "Hitlerjungend". Il survivra néanmoins à la captivité. Cinq minutes plus tard un autre camion est incendié sur la route de Caen/Falaise, par mitraillage malgré une forte opposition de la DCA ennemie. Tour à tour Milich, Straford, Ezanno et Mason reçoivent des éclats, mais bientôt l'Australien Don Mason signal par radio que son moteur fume et qu'il à l'intention de rentrer à la base.

  A 18h45, deux civils  de Fresnay-le-Puceux, aperçoivent un appareil britannique traînant un long panache de fumée noire piquer. Trois kilomètres plus loin à Boulon les deux frères Auguste et Antoine Lemarois entendent une sourde explosion près de leur ferme et aperçoivent un panache de fumée depuis le vallon.  Les deux fils Lemarois ramènent le cadavre de leur père et d'une femme tués par un mitraillage allié sur la route de Thury-Harcourt en venant de Cean, le patriarche avec  sa charette bâchée avait aidé une femme des environs à déménager ses meubles de sa maison dévastée lors des bombardements, Auguste et Antoine suivaient à  500m  derrière avec une charette ouverte. L'avion qui a attaqué avait prit l'attelage bâché pour une voiture hippomobile allemande et avait effectué un passage bas pour mitrailler. Il est probable que le pilote volant à plus de 600 km/h n'a pas eut le temps de bien identifier sa cible, puis il avait tourné au-dessus des deux jeunes avant de s'éloigner.  L'action s'était produite trente minutes plus tôt, et pour les fils Lemarois il était logique que l'avion qu'ils avaient vu s'écraser  était celui qui avait tué leur  père, et que la DCA allemande plutôt nombreuse dans le secteur venait d'abattre . Le Flight Lieutenant Lallemand confia bien des années plus tard:

   << Je me souviens comme si c'était hier de cette mission au sud de Caen, Cette zone était "off limits" particulièrement dangereuse à    l'époque et nous le savions mais nous étions avant tout  à la recherche de cibles au sol même protégées. l'attaque toujours avec l'esprit de corps, telle était la devise du 198. Je    regardais à ma gauche là où était Don Mason, le "rois des roquettes", juste avant de tirer, et nos regards se sont croisés comme des dizaine de fois auparavant. Un coup direct à touché l'avion de    Don me faisant  plus de mal que si mon propre appareil avait été touché. Après mon attaque en piquée j'ai regrimpé, repéré les postes de DCA sur lesquels j'ai fondu, tous canons en action,    pour venger mon ami. le soir dans mon campement, j'ai tristement pensé à cette journée et à cette femme et à cette petite fille dont me parlait ce père à chaque fois que nous étions seuls en tête à tête. ce père qu'elles ne reverraient plus >>.

 Après le choc émotionnel de la mort de son père, le lendemain matin, Auguste Lemarois se rend sur les lieux du crash. Les Allemands qui gardaient la position le laisse passer. L'appareil disloqué se trouve au fond d'un cratère d'où emerge la queue du Typhoon. Un bouquet de fleurs des champs avait été déposé sur le rebord du trou béant, et le jeune homme aperçoit une chevelure blonde ensanglantée dans le poste de pilotage. Une messe sera dite pour Mr Lemarois, à laquelle la mémoire des "pilotes anglais" sera associée. Après avoir fait évacuer la famille de leur habitation les Allemands, rebouchent le cratère grâce à des engins du génie de l'armée. Bien qu'au lendemain de la guerre la présence du pilote enfouit dans son avion ait été signalée en gendarmerie, celà ne donnera rien, les priorités sont ailleurs.

  Les années passent et les frères Lemarois reprennent l'exploitation agricole de leurs parents, sans oublier cette terrible journée du 18 juin 1944. En 1992 arrivés à la retraite les fils Lemarois contactent des personnes spécialisés dans la recherche des épaves encore enfouies, et  après quelques semaines à éplucher les archives britanniques il apparaît que le Typhoon avec le marquage TP-K est bel est bien celui du Pilot/Officer Donald Mason, porté disparu le 18 juin 1944. Les fouilles sont entreprisent après  avoir contacté les autorités, les équipes du Musée de Bayeux découvrent des morceaux de Typhoon et à six mètres de profondeur dans l'huile et l'essence provenant du moteur ils mettent à jour  le parachute, le Dinghy , le kit de survie, des lambeaux d'uniformes et les ossement de l'infortuné pilote. Une minute de silence est observée, après quoi le moteur Napier-Sabre est dégagé, tandis que les gendarmes de Bretteville-sur-Laize et Falaise sont chargés de la partie juridique de l'exhumation des restes du pilote australien.

  Les autorités  retrouvèrent l'épouse de Donald Mason qui vivait dans les Nouvelles Galles du Sud en Australie pour lui faire    part de la découverte du corps de son mari. le 10 mars 1993, soit 49 ans plus tard, dans le cimetière militaire britannique de Saint-Charles-de-Percy, les derniers honneurs sont rendus au  P/O Don Mason, Royal Australian Air Force, en présence de sa veuve, sa fille Judith, sa petite-fille, ses deux frères, ses neveux et nièces venus d'Australie. Les anciens camarades du Squadron 198: le Wing Commander Denis Sweeting, les Flight/Lieutenant G. Shepard, Tich Hallet et Alex Sibbad, sont aussi présents. Paul Ezanno devenu général ne put y assisté, mais c'est lui qui avait organisé la cérémonie militaire. Le colonel Raymond Lallemand fait l'oraison funèbre du compagnon de combat et de son ami. Les honneurs militaires sont rendus par la région Atlantique et de son général ainsi que par l'ambassadeur d'Australie en France, devant une foule de journalistes internationaux.

 

                Don-Mason

                                            Don Mason dans le cockpit de son Typhoon.

               Don-Mason-2

Quatre pilotes du Squadron 198, de gauche à droite; Donald Mason, Bill Straford, tué le 19 août 1944, Tich Hallet et Armstrong capturé après son atterrissage forcé lors de la mission du 18 juin.