Près d'un mois et demi après le Jour-J, les Américains ont du mal à progresser à travers le bocage normand, qui avec ses hautes haies et ses chemins creux génent fortement la progression des blindés, en masquant les canons allemands. Fin juillet    leur progression s'est soldée par de nommbreuses pertes pour un gain de terrain gagné minime, de plus des centaine de milliers d'hommes commencent à saturer l'espace de la tête de pont. Le terrain est propice aux actions défensives et aux coups de main, que les Allemands savent utiliser à leur avantage. Ils disposent d'un armement adapté au combats rapprochés et plusieurs lignes de défenses qui prennent appui sur les haies denses, brisant la plupart des vagues d'assauts américaines.  Les derniers combats entre la Haye-du-Puits et Lessay, ont été meutriers et les troupes sont désormais épuisées. De plus les pluies continuelles de juillet ne favorisent pas non plus la mobilité des troupes. La seule possibilité de pouvoir se débarrasser du bourbier du bocage reste de monter une attaque plus au Sud, plus découvert, où les blindés prouraient évolués rapidement.

  C'est le VIIe Corps américain du général Collins, qui sera chargé de percer le front allemand. Six divisions dont deux blindées sont massées sur un front de huit kilomètres, les 9th et 30th divisions d'infanterie doivent passer par la brêche, suivies de la 1ere division d'infanterie (The Big Red One), les divisions blindées devront se ruer sur les arrières des Allemands. Le général George S. Patton vient d'arrivé dans le Cotentin à la tête de sa IIIe Armée. Pour le franchissement des haies tous    ses chars sont équipés du dispositif "hedgecutter" mis au point par le sergent Curtis G. Culin Jr, les blindés appelés "rhinocéros" défoncent les haies avec une facilité déconcertante.

  Pour s'opposer aux Américains, les Allemands devront compter sur des troupes usées par des semaines de combats, dont les renforts arrivent au compte-goutte, ils parviennent à aligner 8 000 hommes et une cinquantaine de blindés. On y retrouvera ainsi la Panzer-Lehr déjà malmenée par les derniers combats, la 2e Panzerdivision SS "Das Reich", la 17e Panzergrenadiers SS et la 5e Fallschirmjäger-Division, bien que ces forces soient amoindries elles constituent encore une menace sérieuse.

    Le plan de l'opération Cobra est mis au point par le général Omar Bradley, commandant la 1ere Armée. Il porte son choix sur un  quadrilatère situé entre les villages de la Chapelle-en-Juger et Hébécrevon à quelques kilomètres au Nord de la route qui relie Saint-Lô à Périers. Comme toutes les grandes  opérations alliées de la deuxième guerre , Cobra commence par un bombardement aérien  massif de saturation appliquant la technique du "tapis de bombes", sur un périmètre restreint, ayant pour but d'annihiler toutes défenses et créer une brêche dans laquelle devront s'engouffrer les unités. Prévu initialement pour le 20 juillet, le bombardement est repoussé de quelques jours  à cause du plafond trop bas. Le 24 juillet une première tentative est lancée, mais celle-ci tourne au drame. A cause d'une mésantante entre les communications sol/air, certains bombardiers    lâchent leurs bombes trop court et atteignent les premières lignes américaines, causant la mort de 25 soldats et en blessant 131 autres. Fous de rage certains soldats tirent sur leur propres aviation.

   Le lendemain 25 juillet,  dès 9h40 du matin, près de 1 500 B-17 et B-24, arrivent au-dessus de la zone et labourent le terrain, soutenus par 1 000 autres bombardiers moyens et chasseurs-bombardiers. Pendant une heure les bombes s'abattent sur leurs cibles. Ce fut le plus grand tapis de bombes de la seconde guerre  mondiale: 4 000 tonnes de bombes sont lâchées ce jour-là, 60 000 bombes pour 12km² de bocage, soit 5 000 bombes incendiaires au km². Alors que l'aviation s'éloigne, c'est l'artillerie qui prend le relais. Près de 1 100 pièces ouvrent le feu réduisant le bocage en miettes, la commune de la Chapelle-en-Juger est rayée de la carte.  Les premières lignes américaines sont reculées afin d'éviter quelles ne soient pilonnées encore une fois. Malheureusement  se ne sera pas assez et 490 hommes sont blessés, alors que 111 autres sont tués,  parmis eux se trouvait le lieutenant-général Lesley Mc Nair, qui devint le plus haut gradé à trouver la mort sur le theâtre d'opération européen. Les obus déchiquetèrent des soldats, propulsant des chars en l'air comme des jouets, certains hommes devinrent fous. Suite à ce désastre Eisenhower profondement  choqué par les comptes-rendus des pertes décida de ne plus appuyer les opérations terrestres par des bombardements lourds.

   Pour les défenseurs allemands, les portes de l'enfer s'ouvrent, avec  la violence d'un tel bombardement. La 21e Panzerdivision  est pulvérisée, les chars d'assauts de 45 tonnes sont retournés par le souffle des explosions et des hommes sont enterrés vivants dans leurs abris. En quelques heures 1 500 hommes sont mis hors  de  combat, la plupart de ses chars sont détruits. En tant qu'unité opérationnelle la 21e Panzerdivision n'existe plus. Les 9th et 30th ID attaquent dans l'après-midi la zone mais se heurte  tout de même à de petits  îlots  disparates, des groupes constitués de fantassins et quelques canons, composant les noyaux principaux de résistance. Le lendemain les troupes  américaines occupent les objectifs prévus et le général Collins lance trois colonnes dans un étroit goulot au travers du front allemand, la première en direction de Coutances, la deuxième et troisième en mission de protection de flanc-garde.

   Les Américains s'engouffrent dans la brêche entre Marigny et Saint-Gilles et foncent au Sud. Le VIIe Corps de Collins enlève Saint-Gilles puis Canisy, le 26 juillet après une progression d'une dizaine de kilomètres et traverse la route allant de Coutances à Saint-Lô. Sentant l'étau se resséré autour d'eux les Allemands décrochent durant la nuit du 27 au 28 juillet. Vingt mille hommes du 84e Corps allemand s'échappent évitant l'encerclement. Les divisions américaines s'élancent immédiatement vers le Sud et l'Ouest, enlevant Lessay et Périers dans la même journée, le 28 c'est Coutances qui est libérée par la 4th division blindée du général Wood. L'avance est foudroyante et des troupes américaines ont encerclés des éléments du 84e Coprs allemand en retraite autour de Roncey. Des éléments de diverses unités sont capturés en tentant de forcer les lignes américaines, ils seront désarmés et laissé sur place faute de temps pour les conduire dans un camp à l'arrière. Ces unités vont abandonner un nombre considérable de véhicules et d'armement, et le chef du 84e Corps le général Dietrich von Choltitz (2e successeur du général Marks et qui deviendra en août commandant militaire de Paris), tente vainement de reconstituer des nouvelles lignes de défenses, mais celles-ci sont caduques avant même de pouvoir être réalisées. A présent rien ne peut plus arrêter les Américains.

    Le 30 juillet, la 6th division blindée du général Grow, traverse Bréhal et dépasse Grandville sans s'y arrêter. Pendant ce temps la 4th division d'infanterie  fonçant en pointe libère Avranches et le lendemain parvient à prendre intact le pont de Pontaubault, qui enjambe la Sélune, voie de passage du plus haut intérêt stratégique vers la Bretagne. L'offensive détruit l'effectif de huit divisions allemandes, 28 000 hommes furent capturés en juillet 1944, dont 20 000 les six premiers jours de l'opération Cobra et 12 000 sont tués. Néanmoins de 15 000 à 20 000 allemands parvinrent se replier au Sud-Est de la Sienne. En une semaine de combats les troupes de Bradley ont effectuées une percée de 60 kilomètres.

 

           8IR

25 juillet 1944, ces quatre fantassins du 8th RI de la 4th DI observent l'évolution des bombardiers .

          2

Des soldats aident des infirmiers à dégager des hommes ensevellis par les bombes de leur propre aviation.

                   mc nair

 Le lieutenant-général Lesley J. McNair, commandant du 1st Army Group, tué dans le bombardement du 25 juillet.

               21e pz

                        La 21e Panzerdivision a perdu presque tous ses blindés sous les bombes.

                     marigny

  Au nord de Marigny, un soldat de la 1st Army escorte un jeune parachutiste allemand qui vient d'être capturé.

                marigny 9th

Les fantassins de la 9th DI entrent dans Marigny, ils suivent la progression de la 3rd Armoured Division. La ville à beaucoup souffert des bombardements.

                105mm

                                 Un obusier de 155mm en action dans la région de Périers.

                pont-brocard

Des soldats de la 2nd Armoured Division en alerte près de Pont-Brocard. Ils portent la tenue de camouflage "Jungle", plutôt utilisée dans le  Pacifique, elle fut très peu portée sur le front européen à cause de sa ressemblance avec les blouses de camouflage allemandes.

               lessay

Ce jeune soldat allemand à été tué à la sortie de Lessay, il devait faire partie d'un des ultimes points de résistance de la 243e division d'infanterie. il est probablement mort dans les combats avec le 315th RI de la 79th ID.

                lessay gi's

Au centre de Lessay, deux Gi's surveillent les environs. La ville est ravagée par les bombes, au centre se situent les restes de l'hôtel Normandie.

                stuart

Au Carrefour de la Croix-Quillard à Coutances, un Stuart du 25th escadron de reconnaissance de la 4th Armoured Division à sauté sur une mine. La route de Périers n'est pas encore déminée et reste interdite.